Le Sommet canadien sur l’entretien de flottes – Un domaine au bord d’une révolution

Montréal – À l’hôtel Bonaventure le 10 avril dernier a été présenté le Sommet canadien sur l’entretien de flotte. À la veille d’ExpoCam, l’événement a réuni des conférenciers spécialistes de l’entretien prédictif, de la fluidité (ou de son absence!) des axes routiers, de l’électrification des transports, de réalité augmentée, des coopératives de travailleurs actionnaires, de télémétrie, etc. Mais s’il y a un sujet que presque tous ont abordé, c’est bien celui de la rareté de la main-d’œuvre.

Ainsi, dès la première table ronde des gestionnaires de flotte, des spécialistes dont Bernard Boulé, directeur de Camo-Route depuis novembre 2016, ont souligné que le nombre des diplômés ne correspond absolument pas à celui des nombreux départs à la retraite dont souffre l’industrie, qui ne compte qu’un faible pourcentage de femmes et à peine 8% d’immigrants, presque tous situés dans la grande région de Montréal. Tandis que certains intervenants critiquaient ouvertement la génération des milléniaux, les considérant paresseux en plus d’être partiellement formés, d’autres dont le professeur de mécanique Bruno Sauriol et Patrice Lagarde, dont l’agence publicitaire a créé la campagne « Choisistaroute.com » pour l’ACQ, donnaient des conseils pour les attirer en entreprise et les garder motivés en leur offrant un projet à réaliser. « Les jeunes, comme n’importe qui, ont des préférences. Si tu les gardes sur des jobs de pneus durant des semaines et qu’ils préfèrent l’électronique, il ne faut pas se surprendre qu’ils se tannent », a-t-on expliqué.

Bernard Boulé a souligné : « Si l’on continue de faire les mêmes choses, on va avoir les mêmes résultats (à propos du recrutement et de la rétention de la main-d’œuvre). Donc il faut innover et accepter de se remettre en question. » Parmi les pistes de solutions, on a mentionné le travail à temps partiel et les horaires souples, afin de s’adapter à la réalité des jeunes papas qui sont plus que jamais impliqués dans la vie familiale, la création d’un protocole permanent d’accueil en entreprise, le fait de mettre autant d’efforts à devenir un bon employeur qu’à vendre ses produits, la collaboration avec le syndicat pour favoriser une souplesse de gestion bénéfique à tous et la remise à l’avant-plan des stages en entreprise.

Bruno Sauriol, professeur de mécanique à Montréal, Patrice Lagarde, président de l’Agence Virus 1334, ainsi que Bernard Boulé, directeur de Camo-Route, échangent sur les défis de s’adapter à la nouvelle génération de travailleurs.

Connaissez-vous les coopératives de travailleurs actionnaires?

Nada Elkouzi, directrice régionale de la Coopérative de développement régional du Québec, a expliqué de quelles façons une coopérative de travailleurs actionnaires peut répondre à de nombreux besoins de gestion et de mobilisation de la main-d’œuvre. Cette personne morale peut prendre la relève d’un dirigeant qui veut prendre sa retraite, par exemple. Les employés membres bénéficient d’avantages fiscaux en plus de faire en sorte que tous s’impliquent pour faire progresser leur source de revenus. Ce sentiment d’appartenance attire et retient une nouvelle main-d’œuvre, en plus de fournir à l’entreprise une capitalisation pour assurer sa croissance. Pour la créer, l’entreprise doit compter au minimum une vingtaine d’employés, qui doivent adhérer avec une forte majorité à la CTA, ce processus prenant habituellement de six mois à deux ans. Il existe au Québec 40 CTA de tous les domaines d’emploi regroupant près de 3000 employés.

La réalité augmentée arrive dans les ateliers

Matthew Johnston, l’invité d’honneur qui a pris la parole durant l’heure du dîner, en a surpris plusieurs par sa conviction que la réalité augmentée sera bientôt utilisée couramment dans les entreprises de transport. Vous avez probablement déjà vus ces étranges casques qui superposent le monde réel à des informations numériques de façon immédiate. Selon l’expert de la compagnie Design Interactive, cette technologie peut par exemple instruire et former des techniciens d’atelier, dont les vérifications mécaniques et actions ont été auparavant établies par les meilleurs formateurs et ingénieurs. Ce que M. Johnston appelle un nouvel écosystème de travail accroîtra la satisfaction des travailleurs, uniformisera les meilleures pratiques et attirera de jeunes employés, friands de nouvelles technologies.

Matthew Johnston, spécialiste de la réalité augmentée, croit que cette technologie bouleversera les ateliers mécaniques et attirera une nouvelle génération de travailleurs.

Pour des transports électrifiés

Yves Provencher, dorénavant directeur du développement de Lion Electric, a bien sûr parlé de cette compagnie fondée au Québec en 2008, qui a lancé un premier autobus scolaire entièrement électrique il y a trois ans et un camion lourd en mars dernier. Mais la plupart des informations partagées s’appliquent à d’éventuels produits concurrents, par exemple les avantages et inconvénients de tels véhicules, la durée de recharge qui dépend du nombre de kilowatts-heure de la borne ou le nombre de cycles que tolèrent les batteries. Selon M. Provencher, si ces véhicules coûtent deux fois plus cher à l’achat qu’un autre avec moteur diesel, ils sont davantage rentables à mesure qu’on les utilise, tout en nécessitant moins d’entretien et de techniciens d’atelier.

L’atelier sur la fluidité des transports et ses répercussions sur l’entretien des véhicules a réuni Gaétan Delisle de Traction, Marc Trudeau du Groupe PIT et Mathieu Charbonneau de CargoM. On a d’abord souligné que la situation montréalaise – malgré l’état de ses routes –  est enviable au niveau mondial avec 6000 compagnies concentrées dans le Grand Montréal, manipulant 142 millions de tonnes métriques par année, et ce dans les domaines ferroviaire, aérien et routier. Mais après ces bonnes nouvelles, on a rappelé que les véhicules employés dans la métropole sont souvent mal choisis, insuffisamment entretenus, souffrant d’une logistique incomplète et utilisés par des chauffeurs souvent agressifs au volant ou incorrectement formés. Par contre, davantage d’entretien mécanique avec des pièces d’origine ou similaires correctement choisies, de sensibilisation auprès des chauffeurs et d’outils de télémétrie et de gestion informatisés procurent des avantages notables.

Mathieu Charbonneau, directeur de la grappe en logistique et transport CargoM, discute des avantages et des défis du Grand Montréal. Il est écouté par Gaétan Delisle, vice-président de Traction, par Simon Trudel, modérateur spécialiste en gestion de flotte du Groupe PIT, ainsi que par Marc Trudeau, chercheur pour le même organisme.

L’événement du SCEF s’est conclu avec les présentations de Marie-Chantal Ross, chef du programme Flottes futures 2020 du CNRC, et de Patrick Nadeau, analyste d’affaires et formateur chez DataDis. Selon la première, l’étude des mécanismes de défaillance des véhicules peut permettre de prévoir la durée de vie des pièces pour les remplacer selon un régime personnalisé et proactif. Le Conseil national de recherches a ainsi collaboré avec Air Canada, les Forces armées et des compagnies de transport ferroviaire afin de modéliser les défaillances mécaniques pour ainsi mieux les éviter. Selon Patrick Nadeau, l’intelligence artificielle, l’analyse prédictive et les réseaux de transmission cellulaire 5G bouleverseront l’industrie des transports, en permettant l’avènement entre autres des véhicules autonomes. L’analyse prédictive grâce aux objets connectés est pourtant peu utilisée dans les transports, à cause de son coût élevé actuel, qui devrait fortement diminuer avec la robotisation de nombreuses tâches.

Par Frédéric Laporte

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