La sécurité routière marquée par la pandémie et par le vieillissement

Récemment deux nouvelles portant sur la sécurité routière – qui ont peu attiré l’attention – concerneront néanmoins tous les utilisateurs du réseau routier québécois. D’abord, la SAAQ remettra 1,16 milliard de dollars aux automobilistes québécois durant les deux prochaines années à cause de surplus exceptionnels; et la coroner Me Pascale Boulay invite tant la SAAQ que le MEQ à revoir leurs exigences à propos des conducteurs dont les facultés déclinent, à la suite d’un accident mortel survenu en décembre 2018.

L’économie de 1,158 milliard de dollars annoncée par le ministre des Transports François Bonnardel doit d’abord faire prendre conscience à quel point l’utilisation du réseau routier coûte cher, mais également que cette « aubaine » ponctuelle s’explique par la diminution des déplacements à cause de la pandémie. Sitôt que la COVID-19 sera dernière nous, cette diminution des coûts du régime québécois devrait fondre comme neige au soleil. Rappelons qu’en 2019 il y avait eu 35 510 victimes de la route, dont 359 sont décédées. En 2020, le nombre des accidentés a diminué de 30%. « Si je peux le traduire en dollars, ce que ça a représenté comme baisse de coût de régime, c’est 250 millions de dollars pour l’année 2020 », expliquait Nathalie Tremblay, présidente de la SAAQ, à la Presse canadienne. La différence comptable provient des placements financiers de la SAAQ, qui ont rapporté davantage qu’anticipé. Les détenteurs de permis paieront une facture allégée durant les deux prochaines années, selon leur type et leurs points d’inaptitude.

L’autre événement concerne le décès de Thomas Laframboise survenu à l’hôpital en décembre 2018, quatre jours après avoir été frappé en traversant la rue Maclaren Est à Gatineau. Le rapport de la coroner Pascale Boulay mentionne que le conducteur était connu des policiers du SPVG, qui avaient auparavant demandé à trois reprises de revoir sa capacité de conduire! Le service de police a demandé : « De réévaluer sa condition médicale et son comportement de conducteur ». À cela la SAAQ répond que « Seules les compétences pratiques déjà définies ont été évaluées. » La coroner s’étonne qu’aucune réévaluation médicale complète ne semble avoir été exigée par la société d’état.

Me Boulay recommande à la SAAQ et au ministère des Transports de modifier leurs exigences à propos des conducteurs aux facultés déclinantes. Elle souhaite que l’on resserre les critères d’évaluation de conduite, que l’on sensibilise la population et, pour le MEQ, que l’on modifie par décret l’article 202.5.1. Ce décret permettrait à un agent d’obliger une personne à passer un test pour s’assurer de sa capacité à s’orienter dans l’espace et le temps s’il a des soupçons qu’elle conduit un véhicule et représente un danger pour elle-même ou pour les autres. Dans le Légis Québec, cet article n’est toujours pas en vigueur, même s’il a été édité en 2018.

Ces recommandations sont pertinentes pour le Québec, qui est l’une des sociétés comptant le plus de personnes âgées au monde. En 2031, selon l’Institut national de santé publique du Québec, ce sera une personne sur quatre qui aura plus de 65 ans. Les boomers québécois sont d’avides conducteurs, une génération marquée par l’automobile et par l’étalement urbain. Aujourd’hui, cela impose des défis car le besoin de mobilité ne cesse pas avec le temps, il se modifie. Ce ne sera pas en créant de nouvelles autoroutes, de nouveaux ponts que nous répondrons collectivement aux besoins de déplacements de cette importante génération. Concluons en rappelant qu’en 2019 plus de 50% des piétons tués sur nos routes avaient plus de 65 ans, un bon nombre heurtés par des camions lourds. Il est temps que notre société réfléchisse à de nouvelles conceptions de nos déplacements.

Par Frédéric Laporte, journaliste

Lire l’édition juin 2021

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