Pisser su’l tire…

Tout au long de mes 15 années de journalisme dans l’industrie du transport, j’ai eu l’occasion, que dis-je, le privilège, de rencontrer et d’interviewer des femmes formidables qui œuvrent dans notre industrie. À tous les niveaux, de la propriétaire de flotte de camion à la conductrice d’un camion de déneigement, de la représentante des ventes de camions à la conseillère technique au service, bref, au fil des années, les femmes ont pris la place qui leur revenait, sans faire de vague, à coup de simple persévérance.

Mais mis à part peut-être le métier de mécanicienne de véhicules lourds, dont parle mon collègue Frédéric Laporte dans cette édition de Transport Magazine, c’est du côté des conductrices de camion qu’il reste encore le plus de chemin à faire pour arriver à une certaine parité. Comprenez-moi, tout comme les universités peinent encore à attirer les femmes dans les départements de sciences, il est tout à fait normal de penser que le métier de trucker continuera de plaire plus aux garçons.

Au fil des années, j’ai entendu (et les femmes aussi!) toutes sortes de commentaires au sujet de leur présence derrière le volant. Commentaires qui vont en diminuant, mais certains ont la vie dure. Plusieurs pensent que les femmes ne peuvent pas accomplir les mêmes tâches que les hommes, ce qui, il faut bien l’avouer, ne tient pas la route. D’autres croient dur comme fer que si on a plus de camions avec transmission automatisée sur les routes, c’est la faute des femmes. Ou que les nouveaux camions ont été conçus pour s’adapter aux femmes. Rien de plus faux! Si vous saviez le nombre de femmes qui m’ont dit préférer un Pete avec une 13 ou un 15 vitesses!

En fait, vous serez surpris d’apprendre que de façon générale, les femmes ne demandent pas à l’industrie de changer, sinon peut-être du côté de la flexibilité des horaires et de la conciliation travail-famille, ce que les hommes demandent aussi.

En septembre 2019, le projet Conductrices de camions : Objectifs 10%, piloté par Camo-route avec la participation de plusieurs transporteurs et des Centres de formation, s’est donné comme objectif, comme son nom l’indique, de faire passer le pourcentage de conductrices de camion dans l’industrie au Québec de 4 à 10%. Le projet vise à promouvoir l’intérêt des femmes pour la profession et leur intégration dans les programmes de formation en transport par camion. Il vise aussi à projeter une image inclusive de l’industrie, où les femmes peuvent se sentir les bienvenues.

Parmi les mesures proposées pour favoriser l’accès et l’intégration des femmes conductrices de camions, le projet veut notamment identifier les problématiques liées à la santé et sécurité au travail et la pénibilité des tâches effectuées par les conductrices de camions.

Eh bien, si je me fie aux commentaires que j’ai reçus de la très grande majorité de femmes camionneuses que j’ai eu le plaisir de croiser et d’interviewer au fil des ans, elles ne demandent pas grand-chose, en fait. Comme tout camionneur, elles souhaitent être reconnues comme des professionnelles de la conduite de poids lourds, ni plus, ni moins. Mais par-dessus tout, elles aimeraient bien que l’industrie toute entière, transporteurs, expéditeurs, clients, patrons, et même le ministre des Transports, comprennent que si elles peuvent faire tout ce que les conducteurs peuvent faire, elles ne peuvent pas, elles, pisser su’l tire!

Eh oui! L’accès à des toilettes dignes de ce nom. C’est pourtant simple, non?

Par Claude Boucher

Lire l’édition mars 2021

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