L’argent pousse dans les arbres

Les transporteurs forestiers se plaignent depuis des années de leurs conditions de travail. Leur situation est si mauvaise que la relève chez les entrepreneurs se fait rare, particulièrement au Saguenay–Lac-Saint-Jean. En décembre 2018, après des années de discussions, les donneurs d’ouvrage avaient accepté d’indexer les taux offerts aux camionneurs.

La première partie de la hausse a été versée en 2019, mais en 2020, la pandémie a forcé la fermeture de plusieurs usines pendant quelques semaines, voire quelques mois. La deuxième partie de la hausse promise a été reportée à 2021. Et l’offre de l’industrie a coupé la hausse de moitié.

Les camionneurs membres de l’ANCAi qui alimentent les usines du Saguenay–Lac-Saint-Jean dénoncent la durée des voyages. Dans cette région, le temps de cycle, c’est-à-dire du départ de l’usine à vide jusqu’au chantier et le retour à l’usine, n’est pas estimé de la même façon qu’ailleurs.

L’estimation du temps de cycle est fonction des limites de vitesse et de la vitesse réelle des camions. Selon l’ANCAi, certains industriels du Saguenay–Lac-Saint-Jean estiment que les camions se déplacent à 100 % de la vitesse permise, ce qui ne correspond pas à la réalité. Cet écart entre la réalité et la paie incite certains camionneurs à rouler plus vite qu’ils ne le devraient, mettant ainsi en péril leur vie et celle des autres utilisateurs des routes forestières et publiques.

Prix au sommet

Après une première montée à 1 300 $ CA le 1 000 pieds de planche (PMP) en septembre 2020, le prix du bois d’œuvre avait chuté à l’automne, avant d’entreprendre sa progression de décembre à la mi-mai. À près de 2 000 $ CA le 1000 PMP, le prix n’était pas soutenable, car les entrepreneurs qui ont des maisons à construire peuvent se tourner vers d’autres matériaux pour monter la structure des immeubles. Il faut environ 15 000 PMP de bois pour construire une résidence unifamiliale.

À la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ), on constate que le prix offert aux propriétaires ne varie pas, ou très peu. La demande de bois a été très forte en 2020, mais les propriétaires ont mis moins de bois en marché que l’année précédente. Les revenus des producteurs stagnent depuis plusieurs années.

Tendance lourde

Le prix actuel des produits forestiers est très élevé, mais il dure depuis à peine un an, alors que la stagnation qui précédait avait commencé en 2008. On comprend les industriels de profiter de la manne temporaire. Cependant, à la FPFQ, on souligne que le prix du bois d’œuvre permet aux scieries d’être rentables depuis 2015.

La demande pour les produits du bois restera élevée, car les besoins du marché résidentiel aux États-Unis sont grands. La démographie et le renouvèlement du marché immobilier font en sorte qu’il faut construire environ 1,3 million d’unités unifamiliales par année pour combler la demande.

Quand la crise financière a fait éclater la bulle immobilière en 2007, la construction approchait les 2 millions d’unités. Ce surplus de l’offre ne pouvait durer. La crise financière a fait chuter la demande à 500 000 unités en 2009. Il se construit encore à peine un million d’unités aux États-Unis.

Par Alain Castonguay, journaliste

Lire l’édition juillet 2021

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