Essentiel? YOU BET!

Si on peut retenir un point positif de la crise du coronavirus, c’est bien la reconnaissance du camionnage en tant que service essentiel. C’est déplorable et triste qu’une telle crise ait été nécessaire pour qu’enfin, l’industrie du camionnage soit ainsi reconnue comme une industrie absolument essentielle, tant par les gouvernements que par la population en général. Pour la plupart d’entre vous, c’était d’une évidence même, puisque cette industrie est celle qui met le pain et le beurre sur la table.

Même la presse généraliste le reconnaît aujourd’hui, elle qui habituellement vend son papier avec des titres un peu sensationnalistes qui reprochent aux camions et aux camionneurs d’être responsables d’à peu près tous les maux : congestion routière, accidents mortels, dégradation des routes. Alors que la pandémie prend de l’ampleur, et que les consommateurs se ruent (allez savoir pourquoi!) pour acheter pour une année complète de papier de toilette, monsieur et madame tout le monde constatent enfin que sans camion, pas de savon!

Quand même le premier ministre François Legault parle des camionneurs comme des héros, il y a de quoi sourire de satisfaction. Enfin, une tape dans le dos. Enfin, des remerciements.

Mais entre les beaux mots, les félicitations et la réalité, il y a un monde. D’une part, on constate aujourd’hui que les infrastructures offertes aux camionneurs sur la route, haltes routières, aires de repos, sont nettement insuffisantes au Québec. D’autre part, le vécu raconté par les camionneurs, lorsqu’ils se présentent chez les clients, montre encore à quel point ils sont souvent perçus comme des citoyens de seconde classe. Aucun accès aux toilettes, des portes de bureau fermées, bref, les chiens sont souvent mieux traités.

Il y a aussi, du côté de certains transporteurs, une formidable prise de conscience de l’importance de bien prendre soin de leurs chauffeurs. Camions désinfectés, repas préparés pour la route, les exemples de belles initiatives sont nombreux. Il y a bien sûr, de l’autre côté, des entreprises qui ont moins bien compris.

Et on peut déjà se poser la question : que deviendront ces belles paroles et ces encouragements une fois la crise terminée? Est-ce que des mesures concrètes seront mises en place pour reconnaître le caractère essentiel du camionnage? Je pense ici à des voies réservées pour les camions, en partage avec les voies réservées du transport en commun. Je pense aussi à des assouplissements quant aux routes interdites aux camions, qui forcent souvent les camionneurs à faire de longs détours pour leurs livraisons. Mais je pense surtout à une véritable reconnaissance du métier de camionneur (et camionneuse), à un comportement routier plus respectueux des automobilistes autour des poids lourds.

Le camionnage est un service essentiel, crise ou pas. J’ose espérer que dans quelques mois, les gouvernements et la population en seront toujours conscients. J’en doute, mais on peut toujours rêver!

Sur ce, prenez soin de vous.

Oui, ça va bien aller!

Par Claude Boucher, journaliste

Lire l’édition spéciale avril 2020

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